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Arracher des larmes aux pierres


B. Teulon-Nouailles, L’Art Vues, Numéro spécial rentrée culturelle 2017


Marion Tampon-Lajarriette n’est plus tout à fait une inconnue dans notre région puisqu’on a pu la voir successivement à Musidora (vidéo en boucle d’un paysage désolé tendant vers l’infini par un jeu de travelling), au Seaquarium du Grau du Roi (où elle immerge ses caméras dans les aquariums pour en restituer l’onirisme), Au château d’Avignon (révélation d’illusions cinématographiques), en Arles et surtout au salon du dessin de Drawing room, galerie genevoise Laurence Bernard. Elle y découpait des formes en deux dimensions géométriques donnant l’illusion de la 3D, flottant dans l’espace cosmique, emprunté à quelque manuel d’astronomie. Ou des sortes de constellation complexes formées de phrases relevant de cet art ancestral.

Imprégnée de son récent séjour en Italie, Marion Tampon-Lajarriette s’est inspirée aussi bien des volcans qui la caractérisent (Nerval la considérait comme une terre du feu) des grottes mystiques célébrées par les poètes, ou de la lumière qui en adoucit le climat, que des références muséales auxquelles le nom du pays fait immanquablement penser. Cette artiste recourt essentiellement à deux mediums qui lui assurent une certaine notoriété dans le milieu de l’art contemporain : la vidéo, avec usage éventuel du virtuel qui trouble la perception et la photographie, voire le photogramme. Ainsi cette exposition nous permettra-t-elle de nous familiariser avec une œuvre que l’on sent tentée par l’expérience des limites, entre l’extérieur et l’intérieur, la lumière et les ténèbres, le réel et le virtuel, sans doute aussi l’univers physique et le monde mental, la réalité et la part de rêve qu’elle suscite. Il s’agira entre autres d’ « arracher des larmes aux pierres ». On sent tout de suite combien une telle production se veut poétique, tout en se donnant pour tâche une mission que l’on suppose impossible. Et pourtant : le thème de l’œil et du système oculaire en général induit la percée effectuée dans le ventre des volcans ; un masque d’ivoire flotte dans une sorte d’aquarium irrigué de larmes virtuelles. Et une main réelle, filmée avec une caméra thermique, transmet sa chaleur humaine à un bras muséal, sans doute pour la consoler de son inertie foncière.

C’est donc à une espèce de plongée dans un univers entre deux mondes que nous convie Marion Tampon-Lajarriette dans ses vidéos fascinantes et quelque peu fantastiques. On assiste, entre autres, par les vertus de l’image en mouvement, à un va-et-vient entre l’espace souterrain et celui où nous évoluons, entre nos zones d’ombre et cette lumière indispensable qui nous baigne et que nous convoitons. Les grottes semblent des orbites ouvertes sur le monde. Cet univers, qui pourtant nous semble quelquefois si proche est ici quelque peu limbique, comme en suspension. Ou mieux, mythologique, ce que l’on attend également de la douce et sismique Italie. Ne sommes-nous pas, par ces temps numériques qui courent dans un étrange entre deux qu’a bien saisi MTL ? Entre réel et virtuel…